LE BILANBilan de la CAN 2004: L'Afrique, plus de tactique, moins de folieLa 24e Coupe d'Afrique des nations, conclue samedi par la victoire sur ses terres de la Tunisie, a mis en avant, sur les terrains impeccables du pays, un football africain où la folie a disparu au profit d'une rigueur et d'un souci tactique hérités de son homologue européen. Cela explique aussi pourquoi aucun talentnouveau n'a réellement émergé du tournoi, qui a fait la part belle aux collectifs.

Les statistiques de la CAN:
- Classement des buteurs:
1. Youssef Mokhtari (MAR) 4
. Patrick Mboma (CMR) 4 buts
. Frederic Kanouté (MLI) 4
. Jay Jay Okocha (NGR) 4
. Santos (TUN) 4
6. Youssef Hadji (MAR) 3
. Titi Camara (GUI) 3
. Peter Ndlovu (ZIM) 3
. Osaze Odemwingie (NGR) 3
10. Marouane Chamakh (MAR) 2
. Hocine Achiou (ALG) 2
. Ziad Jaziri (TUN) 2
. Modeste Mbami (CMR) 2
. Mamadou Niang (SEN) 2
. Siyabonga Nomvete (AFS) 2
. Mahamadou Diarra (MLI) 2
. Pascal Feindouno (GUI) 2
. John Utaka (NGR) 2- Classement des attaques:
1. Maroc - 14 buts
2. Nigeria - 11
3. Mali - 10
. Tunisie - 10
5. Cameroun - 7- Classement des défenses:
1. Maroc - 4 buts encaissés en 6 matchs
2. Tunisie - 4 buts encaissés en 6 matchs
3. Sénégal - 2 buts encaissés en 4 matchs
4. Egypte - 3 buts encaissés en 3 matchs
. Rwanda - 3 buts encaissés en 3 matchs.
| Groupe A | J | G | N | D | Pts |
|---|---|---|---|---|---|
| Tunisie | 3 | 2 | 1 | 0 | 7 |
| Guinée | 3 | 1 | 2 | 0 | 5 |
| Rwanda | 3 | 1 | 1 | 1 | 4 |
| RD Congo | 3 | 0 | 0 | 3 | 0 |
| Groupe B | J | G | N | P | Pts |
|---|---|---|---|---|---|
| Mali | 3 | 2 | 1 | 0 | 7 |
| Senegal | 3 | 1 | 2 | 0 | 5 |
| Kenya | 3 | 1 | 0 | 2 | 3 |
| Burkina Faso | 3 | 0 | 1 | 2 | 1 |
| Groupe C | J | G | N | P | Pts |
|---|---|---|---|---|---|
| Cameroun | 3 | 1 | 2 | 0 | 5 |
| Algerie | 3 | 1 | 1 | 1 | 4 |
| Égypte | 3 | 1 | 1 | 1 | 4 |
| Zimbabwe | 3 | 1 | 0 | 2 | 3 |
| Groupe D | J | G | N | D | Pts |
|---|---|---|---|---|---|
| Maroc | 3 | 2 | 1 | 0 | 7 |
| Nigeria | 3 | 2 | 0 | 1 | 6 |
| Afrique du Sud | 3 | 1 | 1 | 1 | 4 |
| Benin | 3 | 0 | 0 | 3 | 0 |
|
Finale |
||||
| 14 Fev |
Tunisie | 2-1 |
Maroc | Monastir |
| 3e place |
||||
| 13 Fev |
Mali | 1-2 |
Nigeria | Monastir |
| 1/2 finale |
||||
| 11 Fev |
Tunisie | 1-1(5-3) |
Nigeria | Rades |
| 11Fev |
Mali | 0-4 |
Maroc | Sousse |
| 1/4 de finale |
||||
| 7 Fev |
Tunisie | 1-0 |
Sénégal | Rades |
| 7 Fev |
Mali | 2-1 |
Guinée | Tunis |
| 8 Fev |
Cameroun | 1-2 |
Nigeria | Monastir |
| 8 Fev |
Maroc | 3-1 |
Algérie | Sfax |
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Source rfi.fr : Gérard Dreyfus 15/02/2004
La Tunisie est championne, le Maroc termine deuxième, le Nigeria
troisième et le Mali quatrième. Au Mali, voilà deux ans, les quatre premiers
étaient tous des pays du Sud.
De notre envoyé
spécial en Tunisie
Que sont devenus le Cameroun et le Sénégal qui s'étaient disputés le titre
voilà deux ans à Bamako? Qu'ont-ils montré et démontré en Tunisie, s'arrêtant
l'un comme l'autre en quart de finale face respectivement au Nigeria et à
la Tunisie? S'interroger sur le comportement de ces deux équipes, c'est probablement
s'interroger sur leur avenir. Et il ne semble douillet ni pour les Lions Indomptables,
ni pour les Lions de la Teranga, à l'aube des éliminatoires jumelées de la
CAN et de la Coupe du monde 2006 qui vont arriver très vite. Et si la CAN
2004 ouvrait la porte à une grande remise en question des valeurs établies
depuis dix ans sur le continent?
A bout de souffle
Les grands d'Afrique qui ont dominé le continent ces dernières années ont
vacillé. Le Cameroun, le Sénégal et même le Nigeria n'ont plus cette aisance
qui avait, à un moment ou à un autre, avait été la leur. Les camarades de
Rigobert Song n'ont pas semblé très concernés par le rendez-vous de Tunis.
Ils ont pu faire illusion en marquant cinq buts au Zimbabwe, mais dans le
même temps, ils en encaissaient trois. Une défense fatiguée, sans jus, un
milieu sans tête pensante, une attaque au sein de laquelle Samuel Eto'o a
raté beaucoup d'occasions. Un entraîneur qui ne parle ni le français, ni l'anglais
et qui refuse obstinément de vivre au Cameroun. Les conquérants n'avaient
plus soif de conquête. Pas plus que les Sénégalais, endormis par leurs lauriers
de 2002. On les savait malades de l'argent, de l'inflation des ego, d'un complexe
de supériorité. Ils se sont éteints sans jamais réveiller la flamme.
Même le Nigeria n'a pas échappé à cette médiocrité, victime encore une fois
d'un environnement indigne de l'équipe. Plus inquiétant, s'il y a de bons
joueurs au sein du groupe, aucun n'a la trempe d'un Okocha, d'un Oliseh, d'un
Amokachie ou d'un Amunike. Et Kanu ne fait plus qu'illusion avec des gestes
techniques hors pair, mais dont l'efficacité reste à démontrer. L'Afrique
Noire est un peu à bout de souffle. Le Mali, quatrième en Tunisie comme il
l'avait été deux ans plus tôt, a à la fois confirmé qu'il faisait partie prenante
du sommet de la hiérarchie et infirmé l'ascension qui lui était promise, perdant
de sa qualité de jeu après le premier tour: une victoire à l'arraché en quart
de finale contre une Guinée qui aurait mérité de gagner ce jour-là, puis une
lourde défaite en demi-finale face au Maroc. Frédéric Kanouté a apporté un
plus en réalisme devant le but, mais son intégration dans le groupe demande
amélioration. Pour la Guinée, restons sur l'idée d'un espoir de renouveau,
même s'il est toujours étonnant de voir des joueurs sans club sélectionnés
en équipe nationale.
Le retour du Maghreb
On s'était fait à l'idée que le Maghreb était plus concerné par la participation
à une Coupe du monde que par une victoire en Coupe d'Afrique. Cette fois les
trois voisins termine à la première, deuxième et huitième position, L'Algérie
tombant face au Maroc en quart de finale. Si la Tunisie, pays organisateur
est un cas à part, le Maroc et l'Algérie ont bénéficié de beaucoup de joueurs
ayant une double nationalité, formé dans des clubs français ou européens où
ils sont allés chercher une force de caractère que n'ont pas tous leurs camarades
nés dans le pays. Les Marocains le disent eux-mêmes, ces jeunes ont bénéficié
d'un savoir-faire qui les a, pour une première apparition, menés à un très
haut niveau. Et le mouvement a de fortes chances de s'amplifier. S'ils avaient
montré quelques lacunes au niveau de leurs équipes de jeunes, les pays du
Nord vont désormais bénéficier de l'apport d'une génération de professionnels,
façonnés hors du continent. Les résultats pourraient bien s'en voir inversés.
La Tunisie est dans une configuration un peu différente. Sa valeur cette année
a résidé dans le groupe, dans le collectif, même si on a découvert de nouveaux
talents comme Karim Hagui et Anis Ayari. Avec les Trabelsi et Clayton, les
Aigles de Carthage ont de quoi déployer des ailes majestueuses. Reste le cas
de l'Egypte, autre pays dit du nord. Son problème est avant tout celui de
l'efficacité devant le but. Mido et Belal n'ont pas encore la maîtrise d'un
Hossam Hassan. Cela viendra avec l'expérience, enfin on l'espère, car de longue
date, le football égyptien est un des mieux organisés, des plus construits
sur le terrain, mais son potentiel offensif demeure insuffisant.
Pas de stars, mais plein de petits nouveaux
Mido, cité plus haut, devait illuminer la CAN. Il ne l'a pas fait. El Hadji
Diouf pas davantage. On pourrait énumérer tous les joueurs arrivés en Tunisie
avec une certaine réputation et qui sont restés un peu en retrait. D'ailleurs
le titre de meilleur joueur est revenu à Jay-Jay Okocha qui a fait apprécier
sa technique, son toucher de balle, sa vision de jeu, mais par éclipses. A
se demander s'il n'a pas été récompensé pour l'ensemble de son oeuvre, pour
le millième but de la CAN qu'il a inscrit sur penalty, pour la qualité de
ses coups de pied arrêtés.
En réalité, cette CAN a été une édition très jeune, la sélection la plus âgée
était celle de l'Afrique du Sud (28 ans de moyenne d'âge). On a découvert
plein de jeunes talents en devenir qui ne vont pas tarder à mûrir, à exploser
en Europe et faire ainsi les beaux jours de leurs équipes. De Denis Oliech
le Kenyan à Karim Hagui le Tunisien, en passant par les Marocains Jawad Zaïri
et Marouane Chamakh, Hocine Achiou l'Algérien, les Guinéens Fodé Mansaré,
Sambégou Bangoura et Pascal Feindouno, et quelques autres encore. Le festival
de CAN a cette année écarté les stars pour retenir des starlettes au profil
très intéressant.
L'avenir du football africain paraît riche et prometteur. Il faudra donc que
les dirigeants se montrent enfin à la hauteur des bijoux qui émergent. Car
la gestion des équipes nationales relève à bien des égards de l'amateurisme
pur et simple: choix des entraîneurs, gestion financière de l'équipe, organisation
des stages de préparation. Une situation incroyable. Et quand l'équipe échoue,
ils s'empressent d'accuser les joueurs et leur entraîneur d'avoir "trahi la
nation". Drôle de comportement.
De féroces batailles en vue
Avant de parler de demain, un mot pour souligner la remarquable qualité des
pelouses mises à la disposition des joueurs en Tunisie. Un bon outil est indispensable
à l'ouvrier qui veut réaliser un bon travail. Jamais la CAN ne s'était jouée
sur un aussi bon gazon. Un mot également de la réalisation télévisée, entièrement
tunisienne. Encore une grande première. Et maintenant un mot de l'avenir qui
arrive très vite: les éliminatoires de la prochaine CAN et de la Coupe du
monde. Certains groupes seront impitoyables. Des têtes de série risquent de
tomber. Sur ce qu'on a vu en Tunisie, les élus de 2002 risquent de connaître
des déconvenues, d'autant que la bataille pour la CAN dans ces groupes à six
équipes vont renforcer la volonté de chacun d'être présent à chaque match.
Le Bénin, dans un groupe impossible, avec le Cameroun, l'Egypte, la Côte d'Ivoire,
plus la Libye et le Soudan, aura très certainement à coeur de revenir à la
CAN maintenant qu'il y a connu son baptême du feu. Seigneurs Lions, Aigles
et festoyeurs de toute sorte vous voilà prévenus.